Ailes Historiques du Rhin
                  Ailes Historiques du Rhin

Un guerrier fatigué… puis requinqué !

Non, le tarmac de l’aéroport n’a pas de trou dans lequel se serait embourbée la roulette de nez du Jaguar A89, héros de la première Guerre du Golfe (cf notre précédent article) et qui a depuis quelques années pris ses quartiers dans un coin de la zone Bravo sur l’aéroport d’Entzheim.

C’est plutôt le pneu avant qui, sans doute sous l’effet du temps et de l’action du soleil, a fini par se fissurer au point d’arriver à la rupture… Résultat : un avion non déplaçable en l’état, ce qui n’est jamais pratique sur un aéroport en permanente évolution. Et surtout un sort injuste pour cet avion de collection qui a marqué l’histoire de l’Armée de l’Air.

Il faut donc trouver une solution et plusieurs pistes se dessinent : on nous parle d’une mousse expansive qui serait injectable dans le pneu et se rigidifierait suffisamment pour lui redonner son allure ; d’autres coulent carrément du béton dans la roue, le déplacement de l’avion restant possible mais bien sûr à très faible vitesse. Mais on peut aussi chercher un pneu de remplacement.

 

C’est Vincent Christ, qui a piloté jadis cet avion lors de l’opération Desert Storm (cf. article déjà mentionné), qui nous met en contact avec l’Amicale de la 11e escadre de Toul, qui va nous localiser un pneu de Jaguar… neuf !

 

Mais… mais il y a un mais, en ce sens qu’il y a en France quelques projets de remise en route de Jaguar pour du roulage, le E23 par exemple du côté de Bordeaux, sur lequel un très gros travail a été fait par les équipes de Bordeaux et de Rochefort. Roulage et plus peut-être si on pouvait trouver les affinités électives idoines, comme aurait dit le poète allemand… Affaire à suivre…

 

Évidemment, le pneu de Jaguar authentique doit aller par priorité à un projet de remise en route et non à une machine, aussi prestigieuse soit-elle, destinée à une exposition statique, et il faut donc trouver une autre solution. C’est là que les amis du Musée Rozanoff de Mont-de-Marsan entrent en piste ; eux sont intéressés par le pneu neuf pour le projet du E23, mais ils ne se contentent pas de préempter le pneu en nous laissant tomber, et nous proposent une jante équipée d’un pneu Michelin équivalent. Franchement, le remplaçant a de la jambe !

L’idée est de monter le pneu sur une jante disponible en local, vérifier que le montage est bon et tient la pression, puis de procéder à l’échange des deux roues en utilisant la navette militaire entre la BA106 de Bordeaux-Mérignac et la BA133 de Nancy Ochey où l’amicale de la 11e escadre, dans laquelle officient de solides spécialistes du Jaguar, prendra le relais pour venir installer la roue en remplacement de la roue malade… dont la jante repartira donc très logiquement vers Bordeaux.

 

Aussitôt dit aussitôt fait, cette expression allant comme un gant à Gérard Riotte, qui nous prépare une caisse avec la roue en question, la douille à créneaux et tout le matériel pour procéder à l’opération. Ce diable d’homme monte l’affaire en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire… Il nous explique que normalement, il faudrait utiliser un Cric dit « Payan » pour la manip, il en aurait un bien sûr mais qui pour le coup est un peu encombrant… Mais un cric auto judicieusement placé fera l’affaire, Gérard a fait l’essai, ça marche ! N’oublions pas que notre avion sans son moteur ne pèse plus grand-chose et que la roulette avant est donc facile à lever.

François Paquot de l’Amicale et son collègue Arnaud Hinschberger sont ensuite venus de Toul à Entzheim par une belle après-midi d’avril, avec tout le matériel et les caisses à clous qui vont bien.

Nous avons bien de notre côté une mallette d’outils 1er échelon, mais qui ne permet pas de faire grand-chose sur les trains. Il faut une trousse d’outils spécifique pour l’atterrisseur, avec des clés bien particulières.

Gérard nous a trouvé le dessin de la jante, mais nos deux amis de Toul pourraient mener l’opération de mémoire dans un tunnel, de nuit et sans éclairage, on y jette tout de même un bref coup d’œil, pour la forme.

Et donc on se met rapidement au travail pour boucler l’affaire en l’espace d’une heure et demi.

A l’occasion, on s’aperçoit que la « trousse de crash », pour un posé sur terrain imprévu (si j’ai bien compris), est toujours présente dans le coffre de gauche de l’avion, avec en particulier les poupées de levage ! Ce qui veut dire que si on avait été malins lors de la récupération de l’avion, on n’aurait pas eu besoin d’en faire venir depuis l’autre bout de la France… Nous avions en effet insisté à l’époque pour lever l’avion dans les règles de l’art… Les structures en nid d’abeille de la machine nous en remercient encore !

Opération terminée, intervenants contents, roulette remise en état avec un superbe pneumatique, franchement indiscernable de l’authentique pneu de Jaguar.

Et à la clé, une invitation à visiter le mémorial de l’association de la 11e escadre, installé à Rozières. Un déplacement sympathique en perspective !

 

Et pour nous, la suite sur le Jaguar – et le Mirage III – va consister à refaire des bâches dignes de ce nom pour nos deux guerriers d’Entzheim…

Et bien sûr, un grand merci à Gérard Riotte du musée Rozanoff de Mont-de-Marsan, à François Pacaud de l’amicale de la 11e escadre de Toul et Arnaud Hirnschberger pour leur aide enthousiaste et leur efficacité dans cette opération.

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